L’Afrique doit produire et promouvoir son contenu par le blogging

Le blogging remplace le tambour d'AfriqueLe Web est apparu en Afrique comme une technologie permettant de très grandes libertés. Le blogging qu’il a occasionné a laissé s’exprimer tout autant de talents que de déchets. Si de nombreux sites Web traitent des bonnes pratiques pour bloguer dans les règles de l’art, il est courant d’observer des méthodes de blogging aux antipodes des valeurs originelles du partage constructif. A-t-on vraiment compris la philosophie du blogging ? Le blogging est-il à la portée de tous ? Autant de questions qui nous reviennent lorsque nous explorons la blogosphère « africaine ».

Le constat

Il  n’est pas rare de voir des internautes s’épancher quotidiennement sur des réseaux sociaux virtuels comme Facebook et Twitter. A bien y voir, c’est la pratique de l’écrasante majorité des internautes, tout au moins, pour ce qui concerne la Côte d’Ivoire. Pour en faire le constat, et à défaut d’enquêtes sociologiques sur la question, il n’y a qu’à vivre connecté sur le Twitter ivoirien pour se rendre compte de ce que la plupart des tweets sont dénués de tout intérêt pour la communauté du Web. Les gens s’annoncent, se racontent leur quotidien sur cet espace public sans se soucier que ces longues et ennuyeuses conversations publiques sont sans aucun intérêt pour compter sur le Web. Ils n’ont pas suivi l’évolution de Twitter. Ils n’ont pas su s’adapter à la nouvelle philosophie des précurseurs de la plateforme… What’s happening ?

Sur Facebook, la pratique ne change pas vraiment. Mais à décharge, l’on admet que Facebook est calibré à l’origine pour ce type d’expression. Il permet de partager des informations personnelles entre « amis ».  Si aujourd’hui, contrairement à Twitter, Facebook a maintenu sa philosophie d’origine, il n’en demeure pas moins qu’il l’a étendue à des espaces moins ludiques, plus structurés. Par conséquent, l’on y retrouve de plus en plus de marques commerciales, des institutions académiques, des organisations qui font autorité dans leurs sphères de compétence, etc.

Faut-il encore le rappeler, ces deux plateformes de réseautage, Twitter et Facebook, sont des espaces de blogging qui intègrent la grande famille du Blog. Ils endossent tous une même philosophie : le partage utile.

La philosophie du blogging

Sir Timothy John Berners-Lee, le père du Web, l’a indiqué depuis 1994 : le Web doit avoir du sens et être utile pour tout internaute.

A partir de cette vision, il a pensé que simplifier toutes les technologies relatives au Web devrait permettre à un plus grand nombre de gens de partager des données en ligne. Il a donc œuvré, avec ses collaborateurs, à rendre moins complexe l’accès au Web. Dès lors, de plus en plus d’internautes pouvaient se connecter et diffuser des informations, partager des données… Ainsi naquirent les  premiers blogs.

Le Web 2.0 est venu accentuer le phénomène. Il consacre le partage et l’échange d’informations et permet à des internautes d’interagir entre eux pour consolider la relation sociale en ligne. On parle alors de Web social.

L’on comprend donc que le fondement, la philosophie qui sous-tend le Web et subséquemment les blogs, c’est le partage d’informations et l’interaction entre internautes.

Le  blogging comme levier de développement

En Afrique, plus qu’ailleurs, l’avènement d’Internet est une chance inespérée de récupérer les jeunes sortis prématurément des cursus académiques formels pour les initier aux nouveaux métiers qui naissent autour du Web. Le blogging en est un. Le SEO (Search Engine Optimization) aussi.

Mais, je reste chaque fois intrigué de ce qu’un abonné Internet ivoirien peut faire de moins utile avec son abonnement. En Côte d’Ivoire justement, d’après les chiffres de l’ATCI, en Avril 2012, sur 23 millions d’habitants, seuls 119 500 personnes étaient abonnées et connectées au réseau Internet. Cela ne représente même pas 1% de la population.

Il faut donc prendre conscience du statut de privilégié et du rôle de pionnier que l’on porte pour contribuer, via le Web, à diffuser des informations utiles et pertinentes dans la construction et l’élévation des esprits.  L’émancipation des peuples est aussi à ce prix. L’Afrique doit produire et promouvoir son contenu.

Comment y arriver efficacement

Il ne s’agit pas pour le moment d’inventer de nouvelles méthodes de partage sur la Toile. Il faut juste s’approprier le fondement : partager des informations utiles et pertinentes. Deux phrases célèbres des plus grands acteurs du Web devraient nous guider dans notre usage du Web au quotidien. L’une vient des administrateurs de Twitter, l’autre est du créateur du Web, Tim Berners-Lee.

Que nous dit Twitter ?

Simplement : « What’s happenning ».

En effet, au lancement de la plateforme de micro-blogging, Twitterla philosophie d’origine était de dire ce que l’on faisait au moment où on le faisait. Cet engagement se traduisait par « What are you doing » qui veut dire en français « Que faites-vous ». L’idée était de partager avec sa communauté des moments de vie. Mais, la concision des messages (140 caractères) qu’il imposât a très vite emmené ses utilisateurs à plutôt préférer tweeter des liens pour partager une information plus complète que de diffuser des bribes de données. Aussi, des marques commerciales et des professionnels  y ont trouvé un espace flexible pour diffuser des sections d’information dans le but d’aider ou d’aiguillonner les Twitteurs vers des objectifs orientés.  Il y avait donc de moins en moins de tweets à caractère intime sur les fils d’actualité.

Tirant les conséquences de cette nouvelle donne, Twitter s’est adapté à l’usage de ses utilisateurs et à développer un nouveau contrat avec eux. Ce contrat se traduit désormais par « What’s happening », en français « Que se passe-il  ».

Comme une invite à produire de l’information…

L’appel de Sir Timothy John Berners-Lee

Le Web, outil de communication par excellence, nous plonge résolument dans le siècle de la communication. Les frontières n’existent plus, les distances se réduisent et les destinations se trouvent parfois au détour d’une connexion à Internet. La magie s’incarne dans un nom, le Web. Tout ou presque devient possible. On trouve tout sur le Web : la connaissance, le savoir, l’éducation, l’emploi, le jeu, le loisir… Tout y est. Le créateur du Web a réussi le pari du Web des données. Mais, ce n’est pas suffisant. Les populations accroissent et les subtilités de langages explosent. Il faut continuer à rendre le Web viable. Et Tim Berners-Lee de continuer à prêcher en faveur du Web  sémantique. En 2009, au cours d’une conférence aux Etats-Unis, il lance cette phrase devenue mythique : « Raw data now », ce qui veut dire en français « Des données brutes maintenant ». En d’autres termes, Tim Berners-Lee invite les peuples à produire davantage de contenus pertinents pour le Web. Le disant, il indique que le Web n’est pas un espace de jeu sans fin. Il ne l’a jamais été.

Qu’il s’agisse donc de diffuser des informations via les blogs traditionnels ou de le faire via les réseaux sociaux, la philosophie de base demeure la même : partager, échanger des données utiles pour l’internaute.

L’une des techniques les plus prisées pour partager des informations sur la Toile est le blogging.

Le blogging, est-ce à la portée de tous ?

Nous l’avons montré tout au long de ce billet, bloguer, c’est essentiellement partager des informations et interagir avec les internautes quand le support que le blogueur utilise le permet. Car, il faut noter que Twitter n’autorise pas de commentaire sur ses messages à l’inverse de Facebook et du blog traditionnel. Cela n’en fait pas moins un espace réputé pour le blogging. Soit !

Partant de ce principe du partage de données, je suis tenté de répondre par l’affirmative à la question de savoir si tout le monde peut bloguer. Personnellement, je pense même que ce devrait être un impératif comme pour l’enfant qui tient un cahier de dessins, comme pour l’adolescent qui publie dans son journal intime, comme pour l’adulte qui note dans un agenda. Mais, je me résous à doucher mon enthousiasme. Pour avoir pratiqué le blogging depuis quelques temps déjà, j’ai observé que tout n’était pas si aisé. Deux approches du blogging font chemin et méritent que nous nous y arrêtions.

Le blogging d’apprentissage

Blogueurs débutants, nous y sommes tous passés. Et, moi bien plus encore que d’autres, tant j’ai ouvert et fermé des blogs desquels je n’étais pas satisfait. Seulement maintenant, j’ai atteint un niveau qui me permet de façonner mon blog à mon goût et selon mes objectifs au lieu d’en changer à chaque bavure. Aujourd’hui, je suis (presque) devenu Professionnel du Blogging. Pour y arriver, le blogueur débutant n’est pas obligé de commettre les mêmes erreurs que moi. De nombreuses ressources sont disponibles en ligne pour l’y aider. Mieux, j’ai compilé des ressources dans la catégorie Tous les billets où il devrait trouver des ressources nécessaires pour bien débuter.

Le blogging s’adosse à une philosophie. Il s’encadre dans un usage recommandé. Pour synthétiser rapidement le cheminement du blogging d’apprentissage, il faut déjà, pour le blogueur débutant, se rendre sur l’une des plateformes d’hébergement gratuit de blogs (WordPressBlogguerOverblog, etc) et ouvrir un blog gratuit. Ensuite, il faut choisir une thématique, une ligne éditoriale et s’y coller. Aucune tentation ne doit emmener le blogueur à se détacher de sa ligne de départ. S’il se sent des aptitudes à traiter d’un autre sujet, il lui faut ouvrir un nouveau blog sur cette dernière thématique. S’il pense s’être trompé sur son blog, qu’il le ferme et en ouvre un autre. C’est gratuit ! Jusqu’à ce jour. Et, c’est l’un des plaisirs du blogueur débutant.

Pour passer à l’étape du blogueur professionnel, il faut au blogueur débutant aimer lire, apprendre et maîtriser les contours de son sujet, publier uniquement sur la thématique choisie. Voici ce qui fait réussir un blogueur débutant et le fait entrer inéluctablement dans la catégorie des blogueurs professionnels en devenir. De cette façon, il a réalisé  50% du parcours du blogueur et il lui faudra cultiver sa pratique du blogging pour passer à 100% et devenir professionnel confirmé.

Le blogging professionnel

Il y a encore quelques semaines, il me semblait prétentieux de se présenter comme professionnel du blogging, un blogueur professionnel, mais j’ai fini par admettre, à l’épreuve des circonstances, que bloguer est un pur métier.

Tenez, je vous raconte une petite histoire. Après plusieurs expériences passées avec des blogs hébergés gratuitement, j’ai décidé, un jour, de me consacrer au blogging professionnel. L’envisageant, je pensais moins à gagner de l’argent avec mon blog qu’à m’exercer à l’écriture publique. Pour moi, bloguer, donc écrire publiquement me permettrait de me soumettre, d’une certaine façon, à la sanction de l’internaute, du lecteur. Pour cela, je me suis donné pour défi d’écrire et de publier à partir de mon blog sur une thématique qui pouvait intéresser les internautes. Au final, si mes billets restaient sans intérêt pour mes lecteurs, j’en conclurais que mon écriture devrait davantage mûrir avant que je ne publie mon livre. Car, je l’avoue, c’est pour tester ma plume dans l’optique de publier un livre que je suis devenu blogueur. J’écrivais donc les soirs, chez moi, avec passion et de façon désintéressée par l’argent. Et, au fur et à mesure, je me suis documenté sur la question pour améliorer ma pratique du blogging.

Après la publication de mes premiers billets, j’ai reçu un appel d’un client qui a souhaité que je tienne un blog pour son entreprise. Ensuite est venu un deuxième client, un troisième et aujourd’hui un quatrième. Du coup, je n’écris plus qu’à la maison, le blogging est devenu une part importante de notre activité à l’agence. De la passion, j’en suis arrivé à gagner de l’argent sans même polluer notre site Web avec de la publicité ; et nous réussissons bien. Je suis donc devenu un professionnel du blogging puisque nous réussissons à atteindre tous les objectifs que nous définissons avec nos clients, et, avec comme seul matériau, le blog.

Par ailleurs, pour mieux répondre aux attentes de nos clients, il nous a fallu nous informer, nous former. Nous avons découvert le SEO qui est une discipline rigoureuse et un métier nouveau qui découle du blogging. Et, j’avoue que là aussi, nous avons acquis un précieux savoir-faire.

Bref, le blogging professionnel s’apprend comme toutes les disciplines.

Pour bien bloguer, bloguer comme un professionnel, il faut apprendre à connaître les CMS (Content Management System), savoir ce que c’est qu’une base de données, savoir se servir d’un logiciel de transfert de données vers un serveur, connaître les bases du HTML (HyperText Markup Language), apprendre les rudiments du CSS (Cascading Style Sheets), etc.

Tous ces efforts sont sans grand intérêt si le blogueur n’est pas doté d’une écriture simple et soignée (maîtriser la grammaire, éviter les fautes d’orthographe).

Pour finir, je dois dire que tout ceci n’est pas bien difficile. Vous pouvez y arriver. Pas par simple défi, mais pour contribuer au partage constructif sur le Web.

Il est temps que l’Afrique s’entende. Il est temps que tous les sachants, les intellectuels, les étudiants, les classes émergentes… s’y mettent. Les idées, les compétences, les connaissances sont faites pour se propager. Si vous avez le moindre talent, exprimez-le à travers un blog. Vous influencerez certainement au moins une vie.

L’Afrique doit produire son contenu pour écrire son histoire et valoriser ses talents.

Antoine BLAGNON est graphiste et professionnel de la communication. Éditeur de ce blog, il vous propose de partager des trucs et astuces pour communiquer efficacement via le Blog.