Peut-on vivre du blogging professionnel en Afrique

Monétiser le blogging professionnel en AfriqueLorsque le blogging commence à connaître de l’engouement dans les pays industrialisés au début des années 2000, son impact est si grand que le monétiser devient une évidence pour de nombreux blogueurs. Google, stratège du Web, crée alors une régie publicitaire, Google Adsense, permettant aux blogueurs professionnels les plus actifs de profiter de l’opportunité de gagner de l’argent en affichant des liens sponsorisés sur leurs blogs.

Payé au clic, le blogueur peut espérer, lorsque le coût du clic est élevé et qu’il y en a plusieurs, tirer un profit conséquent de la publicité sur son blog. D’autres plateformes comme Youtube, appartenant également à Google, ont proposé la monétisation des vidéos.

Ce phénomène a très vite créé une ruée des internautes vers le blogging.

Mais le blogging professionnel est bien exigeant et ne se limite pas qu’à la monétisation par la publicité.

Définissons les cas de blogging professionnels possibles

  • En monétisant directement son activité de blogueur par le biais de la publicité, on peut indiquer que l’on fait du blogging professionnel, à condition que les revenus générés par la publicité couvrent les charges du blogueur (connexion Internet, équipement informatique, etc.) et que le solde soit supérieur au salaire minimum vital légal.

C’est le cas le plus connu des internautes.

  • Un autre aspect du blogging professionnel est de traiter régulièrement d’une thématique donnée avec profondeur pour s’imposer naturellement comme un expert reconnu par la « communauté ». Le blog, à un certain degré, s’étant substitué aux ouvrages papier peu volumineux, le blogueur peut construire sa réputation et sa notoriété par le blogging, pour finir par monétiser son expertise à travers différents canaux (virtuels et physiques). Ce blogueur pourra donc donner des conférences rémunérés, produire et commercialiser des supports audio/vidéos, se faire recruter et payer en qualité d’expert…

C’est la tendance qui commence à supplanter la monétisation par la publicité quoique ce blogueur-ci peut tout aussi profiter de la publicité.

  • Enfin le dernier cas consiste à utiliser le blog professionnel comme un outil marketing dans une activité commerciale. Ici, le résultat attendu est clair et bien simple : améliorer les ventes de l’enseigne par la communication faite via le blog.

C’est le cas pour nombre de start-up qui se lancent. C’est le cas dans les entreprises qui ont compris les enjeux de la communication Web.

Alors vit-on vraiment du blogging professionnel

Le décor planté, regardons ce qui se fait…

Aux USA, Keenan Kahil, vidéaste amateur parmi tant d’autres, a profité des nombreux clics sur ses vidéos diffusées sur le Web pour gagner beaucoup d’argent via Youtube.

En France, Maître Eolas, avocat, est intervenu sur de grands médias comme expert reconnu parce qu’il a aussi construit sa notoriété sur le Web.

Au Canada, les entreprises (restaurants, salons de mode, etc.) proposent aux blogueurs influents d’être leurs porte-voix rémunérés sur la Toile.

On remarque que dans les pays industrialisés, du fait que le Web soit présent quotidiennement dans la vie d’une très grande partie de la population avec un impact réel sur leur mode de consommation, vivre du blogging est possible. Mieux, un cadre légal est défini pour encadrer et encourager cette activité.  Mais qu’en est-il en Afrique ?

En Afrique, c’est plus complexe… Il y a très peu d’abonnés au réseau Internet donc très peu de trafic généré localement sur un blog ; il y a encore très peu d’entreprises qui croient au potentiel de la Toile et celles qui y sont ne paient pas bien chers pour leur publicité ; en plus, une très grande frange de la population africaine n’est pas véritablement impactée par le Web dans son quotidien. Ajouté à cela l’environnement bancaire inadapté, l’environnement juridique flou… on pourrait croire que ce n’est pas demain que les blogueurs professionnels africains vivront directement du blogging.

Faut-il encore les appeler blogueurs professionnels ? La question ne se pose pas tant qu’ils travaillent et respectent les mêmes principes que leurs homologues des pays industrialisés, sinon il faudrait alors retirer le titre du médecin africain qui n’évoluerait pas dans le même environnement de travail que son confrère américain par exemple.

Mais tout n’est pas si sombre ! On a vu plus haut que le blogueur pouvait vivre de son expertise. Pourquoi ne pas capitaliser ses forces sur cette tâche : développer une expertise.

En Afrique, du fait de la « caporalisation » des médias publics, on a vu s’exprimer très peu d’experts fiables sur des questions sur lesquelles ils étaient invités à travailler. Tantôt le charlatan a fait le politologue averti, tantôt le mécano nous expliquait comment scier une planche… Soit !

Le blogging professionnel permettant l’expression publique, il est dorénavant loisible de jauger de l’expertise d’un individu via son blog ou ses publications avant de l’inviter à partager son expertise avec le plus grand nombre.

Ainsi, le blogging peut permettre de sélectionner des experts véritables. Ceux, qualifiés et reconnus, pourront bénéficier de la notoriété et éventuellement vivre confortablement du blogging professionnel.

C’est ce type de blogging qu’il me semble possible de générer des revenus confortables pour le blogueur professionnel africain. Le blogueur professionnel s’entend ici par celui qui a acquis une compétence académique ou informelle et qui la diffuse avec méthode sur son blog. On peut donc y compter les enseignants, les avocats, les ménagères, les coiffeuses, les vigiles, les sage-femmes, etc.

Naturellement, pour y arriver, cela impose beaucoup de travail et une bonne dose de patience. On ne devient pas expert reconnu en six (6) mois. On ne peut vivre du blogging professionnel qu’en publiant régulièrement (au moins chaque semaine) des articles fouillés, documentés sur la thématique sur laquelle le blogueur (a) construit son expertise pendant une période relativement longue. On ne peut enfin se réclamer expert d’aucune discipline si l’on n’est pas capable de développer de façon structurante les thématiques qui fondent cette expertise.

Oui, c’est donc possible de vivre du blogging professionnel en Afrique. Oui, en choisissant le champs de l’expertise, le blogueur peut vivre de son activité.

Mais vous l’aurez compris, ceux qui ont fait le rêve de rester à la maison tous les jours de l’année pour publier quelques billets chaque semaine auront fort à faire pour couvrir leurs besoins… Assurément, vu le contexte, il faudra joindre au blogging une activité professionnelle ou générant des revenus pour vivre dignement… en attendant que ce qui s’est fait de bien ailleurs nous arrive. Ce n’est pas encore Mountain View ici.

Entre temps, la compensation du blogueur professionnel africain pourrait se traduire dans ce besoin de l’internaute anonyme qu’il satisfait par sa généreuse activité…

Enfin, il faut noter que, bien que le blog soit un support moderne, le vecteur papier continue de rester le support conventionnel qui héberge l’expertise reconnue.

Antoine BLAGNON est graphiste et professionnel de la communication. Éditeur de ce blog, il vous propose de partager des trucs et astuces pour communiquer efficacement via le Blog.