Vivre à Daloa et espérer…

DaloaCe samedi soir-là, je viens de finir de lire le premier tome d’Anna KARENINE de Tolstoï. Cette lecture m’a emballé et je n’ai pas envie, pas ce soir, de lire autre chose qui ne soit du même niveau d’exaltation. J’ai encore moins envie de regarder la télévision…  J’ai peur de voir ou d’entendre des choses qui pourraient me faire perdre ce bonheur que la lecture de ce beau livre m’a procurée. Je décide de marcher pour respirer l’air frais qui vente paisiblement en dehors de mes murs.

Mes pas me mènent auprès d’un groupe de gens qui jouent à la pétanque. Il est 22 heures. Ceux qui ne jouent pas plaisantent, discutent de choses et d’autres… Je sens que chacun s’efforce de maintenir une bonne ambiance de camaraderie au sein du groupe. Des sujets de discussion sont évoqués et presqu’aussitôt remplacés par d’autres. C’est un peu le coq-à-l’âne. Tout y passe : politique, social, philosophie… Chacun y va de sa démonstration et de sa frustration… Je regarde autour de moi et je note qu’il n’y a pas d’alcool sur les tables qui attisent les verves. J’aime écouter les gens lucides. Je décide de m’arrêter pour assister au jeu de boules.

Je me tiens à l’écart et j’observe, mais très vite, certains causeurs m’interpellent du regard pour soutenir leurs thèses. J’y réponds chaque fois d’un sourire figé sans prendre position. L’un d’entre eux, officier dans la gendarmerie nationale, me propose de les rejoindre. Il m’offre une chaise que j’accepte et il commande deux boissons, pour lui et pour moi. Dès que les boissons sont servies, je m’empresse de les payer pour ne pas avoir à me faire inviter. Cela m’insupporte. Je le sens un peu déçu mais il ne dit rien. La causerie se poursuit. J’y prends part peu à peu. Je suis même écouter quand je m’essaie à une démonstration. D’autres personnes nous rejoignent. Je ne les connais pas mais elles sont bien accueillies des autres. Tout ce beau petit monde se connait et se retrouve les week-ends pour partager des moments de discussions et de détente autour de la pétanque.

Parmi les nouveaux venus, il y a Hervé, médecin généraliste, qui rentre d’une mission de Daloa, une ville du centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Il nous raconte son séjour. Il est déçu de la ville qu’il a vue. Sa réputation n’a pas été à la hauteur de la découverte. La ville est presque sinistrée. Il y a très peu d’infrastructures. La discussion vire à la politique. J’y participe d’abord et je finis par me taire. Je reste songeur. Je me demande comment les jeunes des villes et contrées de l’arrière-pays vivent. Quel espoir les fait se lever chaque matin ? Peu d’entreprises y sont installées pour leur proposer du travail ou des opportunités d’affaires, pas d’aides sociales structurées de l’Etat pour les soutenir non plus…

Je finis par croire qu’ils sont pris en otage… par la vie, par leur destinée, par le fait d’être nés dans ces contrées, dans nos contrées… Mais je me ravise aussitôt. Je suis fataliste. Je ne devrais pas. Ce n’est pas acceptable. Chacun peut façonner son existence, essayer de s’en sortir. En tout cas œuvrer à une existence meilleure.

Je demande à Hervé : « est-ce qu’ils ont Internet à Daloa ? » « Oui, bien-sûr » m’a-t-il dit. Et je me mets à espérer… pour eux… et pour nous. Internet est notre miracle, s’ils le veulent, ils pourront se construire une vie, comme tous ces jeunes des quartiers défavorisés de la capitale qui ont sus s’en servir pour se réaliser. S’inscrire à un MOOC, apprendre, produire, bloguer, vendre… Voilà autant de choses qu’ils pourront faire. Pour vivre mieux. Grâce à Internet, à coté de l’agriculture.

Oui, la vie est possible à Daloa… avec Internet !

Antoine BLAGNON est graphiste et professionnel de la communication. Éditeur de ce blog, il vous propose de partager des trucs et astuces pour communiquer efficacement via le Blog.