Voici comment mon univers a basculé grâce au Livre

Professeur Antoine TakoEn 1998, alors que je revenais pour la deuxième fois en mission d’enseignement et de recherche dans cette université africaine et que j’expliquais comment les recherches en neurophysiologie du mouvement avaient influencé la robotique, je fus consterné de constater, une fois encore, que nos étudiants, en Afrique, lisaient peu. Ce jour-là, j’avais fait un parallèle entre les mouvements stéréotypés des Langoustes et de ceux des robots utilisés dans les usines de montages automobiles. Je fus surpris de voir que ces étudiants-là n’avaient jamais entendu parler de langoustes.
Face à mon étonnement, ils me rétorquèrent n’en avoir jamais vu parce qu’ils sont sahéliens. Intrigué, j’ai effectué des sondages avec des exemples qui allaient être évoqués dans mes cours. Exemple :

– Que savaient-ils de la madeleine de Proust ? (ou le fait de manger une madeleine équivalent d’un élément ou index ou un épisode déclenchait un souvenir), Marcel Proust, « À la recherche du temps perdu », Du côté de chez Swann, 1913).

Je me suis rendu compte que la majorité des exemples qui allait parsemer les différents modules de mes cours risquait d’être des OVNI (Objets Volants Non Identifiés) pour mes étudiants. Je me suis donc mis à recenser ces exemples et à me procurer les textes y afférant dans le but de leur expliquer et de leur montrer les liens entre ces exemples et les notions que je souhaitais développer. Ces textes ont donc été expliqués, puis intégrés comme documents annexes aux cours.

Les bienfaits du Livre

A la demande des étudiants, j’ai fait programmer des conférences sur les bienfaits de la lecture. Dans ces conférences, je leur ai montré ce que la lecture a été pour moi :

– Une incitation au voyage et à l’imagination. « Lire c’est voyager, voyager c’est lire », Victor Hugo

Enfant, j’avais commencé à collectionner des mauvaises notes dans les petites classes. Après avoir tenté par divers moyens de me motiver en vain, mes parents ne savaient quoi faire d’autre…

Un de mes frères aînés, que j’aimais beaucoup et qui était souvent absent parce qu’il voyageait énormément pour son travail, a commencé à m’apporter des disques et des livres collectés au gré de ses voyages à travers le monde. Les premiers livres m’ont tellement accroché que, depuis ce temps-là, mon univers a basculé. Je me suis plongé dans les livres avec avidité, aussi bien par plaisir, que pour les « voyages » qui me permettaient de « suivre » en imagination mon frère à la trace. J’ai donc parcouru le monde avec mes lectures et j’ai « visité » les pays dont il me parlait.

Je lui ai demandé de plus en plus de livres qui parlaient de pays lointains. Ma passion de la musique andine est venue de la lecture des livres de ces civilisations lointaines. J’ai beaucoup appris en leur compagnie. Je me suis aussi créé des univers héroïques, dans lesquels j’occupais une place centrale pour échapper à mes frustrations et à ma condition insatisfaisante de l’époque.

– Plus tard dans mon cursus scolaire et universitaire, j’ai rencontré des enseignants qui ont accentué cette furieuse envie de lire ; avec de nouveaux centres d’intérêt.

Mon Professeur de Philo nous a inculqué sa passion des textes philosophiques et du Canard Enchaîné, journal passé maître dans l’art de la satire et de l’ironie et dans lequel les articles sont souvent au second degré.

En plus de ce que je découvrais comme scandales politico-financiers dans ce journal, je me suis pris de passion pour cette figure de style appelée contrepèterie ou antistrophe ou encore équivoque qui consiste à permuter des lettres et des syllabes et dont la rubrique hebdomadaire (Sur l’album de la Comtesse) me tient toujours en haleine. Exemple : la contrepèterie est l’art de décaler les sons. Je permute le « c » de décaler et le « s » de « sons » et cela donne : la contrepèterie est l’art de dessaler les cons ! Et chaque semaine depuis cette époque, je m’informe, me détends et ris aux éclats en compagnie du Canard enchaîné.

Au fil de mes lectures, je continuais de parfaire ma culture, de connaitre de plus en plus de choses et le monde, de développer mes connaissances et donc, de façon indirecte, ma mémoire. Un mot lu, par exemple, évoque des « images » ou des « représentations mentales » qui sollicitent les circuits neuronaux pour les faire travailler et emmagasiner ce qui a été appris et servir plus tard en cas de besoin. En lisant, on développe son vocabulaire, sa manière de raisonner et d’écrire, donc nos facultés cognitives. Cette disposition favorise le maintien en vie des cellules nerveuses le plus souvent sollicitées.

La lecture a aussi comme avantage de favoriser les apprentissages. Les principaux supports de l’école sont le livre et le cahier, les uns contenant les informations, les leçons, les cours et les autres étant le réceptacle de nos prises de notes. La connaissance et les informations se trouvent dans les livres et c’est une des raisons qui a facilité la transmission de connaissances dans les civilisations basées sur l’écrit.

Les livres ont donc toujours été pour moi des compagnons ? J’en lis de toutes sortes, depuis les romans jusqu’aux livres scientifiques. Aujourd’hui encore, je continue d’apprendre au gré de mes lectures et, comme le dit ce proverbe chinois, « Ne plus lire (…), c’est comme perdre un ami important« . A ma table de chevet, il y a toujours un livre et le rituel est d’en lire un chapitre avant de dormir. Mais attention à ne pas être trop accroc au livre du moment, au risque de me retrouver éveillé à 5 h du matin.

Dans la société ivoirienne d’aujourd’hui, pouvons-nous nous permettre le « luxe de ne pas lire » ? La rencontre de l’Informatique et du Livre, avec ces projets de numérisation de livres libres de droits, les jeunes ivoiriens ont la possibilité de s’adonner à la lecture pour leur plus grand bien.

Je ne peux terminer ce petit texte sans vous donner des liens utiles :

La Bibliothèque nationale de France
La Bibliothèque Numérique Mondiale
Framabook
Science.gouv.fr

Professeur Antoine Tako

Professeur Antoine Tako
Enseignant – Chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny – Abidjan – Côte d’Ivoire

Antoine BLAGNON est graphiste et professionnel de la communication. Éditeur de ce blog, il vous propose de partager des trucs et astuces pour communiquer efficacement via le Blog.